mission : assistance administrative et technique des artistes, médiation


Grout/Mazéas, « Hollywood Shade », 2007-2008, Collège Joseph d'Arbaud, Salon-de-Provence


Descriptif de la consultation

1% artistique, Conseil Général des Bouches-du-Rhône


Les artistes Grout/Mazéas

Rencontrés à l'École des Beaux-Arts de Montpellier, Sylvain Grout (né en 1971) et Yann Mazéas (né en 1969) travaillent ensemble depuis 10 ans sous le nom Grout/Mazéas. Depuis leurs premières expositions en 1996, leur travail renvoie à des références cinématographiques, leur goût pour les décors et les "espaces impraticables", des citations extraites de films…

Ils envisagent chacune de leurs expositions comme une véritable expérience à laquelle le public prend part, par exemple devant des dispositifs scéniques à fort pouvoir d'évocation ou en étant l'acteur. Ils orientent généralement leurs productions vers un public qui, au moins une fois dans sa vie, a pu ressentir le poids que le cinéma, la fiction, l'image héroïque, ont pu peser dans son imaginaire.

Sylvain Grout et Yann Mazéas ont réalisé en 2005-2006 leur première commande publique pour la médiathèque Croix-Rouge à Reims. L'ambition socio-éducative de cette médiathèque et son implantation dans un quartier peu familier des outils culturels les ont amenés à reproduire sur la façade du bâtiment une citation de M. Ali issue d'un film documentaire. Personnage de dialogue, de rassemblement, il incarne tout à la fois la combativité, l'intégrité, l'engagement, l'esprit, la soif de culture… également métaphores d'une médiathèque.

Parmi leurs plus importantes expositions personnelles, il faut citer "Overlook" au Château des Taurines organisé par Les Abattoirs à Toulouse (2005), "J'aime mieux tuer qu'embrasser" à la galerie Pietro Sparta à Chagny (2000), "In bed with Sarkis" au Fresnoy Studio International (1999).

En 2007, le Centre régional d’art contemporain de Sète leur a consacré une exposition monographique importante.

http://groutmazeas.free.fr


Présentation du projet de Grout/Mazéas "Hollywood Shade"

La commande publique au secours de la violence du soleil du sud ou, comment rafraîchir l'ambiance du Collège Joseph d'Arbaud – « the fresh work »

Les consignes données aux artistes afin de réaliser l'œuvre artistique du Collège de Salon-de-Provence étaient assez dirigées : comment répondre à des problèmes de température sur un site de plus de 5 000 m2, en plein soleil… et en pleine vallée du Rhône.

L'idée de rafraîchir les locaux, ou même la cour de l'établissement est bien sûr une gageure plutôt excitante, mais la machinerie envisageable ne se lie que très moyennement avec les notions de développement durable et de pérennité de l'œuvre. Courants d'air et réfrigération nous sont apparus trop instables et hypothétiques pour vouloir pousser l'expérience plus avant.

Nous avons donc fixés notre concentration sur la production d'ombre, cela sans vouloir signifier une correction architecturale ou urbanistique dans le lieu qui nous est proposé. Nous souhaitons donc garder le statut privilégié de l'artiste, et créer une œuvre dont la relation aux attentes structurelles du lieu ne sont que d'ordre plastique et intellectuel.

Nous proposons une sculpture qui produira une ombre d'une surface de 1% de la cour du bâtiment : une relation directe entre le coût de l'œuvre, le coût de la construction du collège et la taille de l'œuvre.

Le développement du projet est basé sur le fait que l'ombre a des caractéristiques physiques particulières qui peuvent devenir plusieurs pistes de réflexion avec les jeunes collégiens.

Notre parti pris est d'axer notre recherche sur l'ombre dans sa mobilité, selon les principes d'astronomie, d'étudier ses mouvements liés aux déplacements de la terre en fonction du soleil.

D'un point de vue très pragmatique, nous nous en sommes tenus à un objectif à priori simple qui consiste à signifier 46 m2 d'ombre (1% de la surface de la cour de récréation) et ce à plusieurs reprises dans l'année.

Nous choisissons donc trois dates possibles, correspondant à trois positions solaires, qui produiront la surface souhaitée de 46 m2 à 3 emplacements différents.

Au sol, ces trois ombres seront signifiées à l'aide d'un entrelac en métal à l'un des angles supérieurs de l'ombre et d'une légende gravée sur une plaque indiquant une date et un événement.

Nous avons engagé une recherche avec Yves Gallant, astro-physicien co-directeur de recherche au CNRS de Montpellier, qui nous a établi un certain nombre de graphes et analemmes démontrant que notre hypothèse de travail est tout à fait possible à mettre en place.

En volume, une plaque qui mesurera 34 m2, sorte de « gnomon » (cadran solaire) orienté NO/SE et incliné de 70° par rapport à l'horizontale, produira 46 m2 d'ombre aux environs :
- du solstice d'été vers 9h et vers 18h30 ;
- du solstice d'hiver vers 9h et 11h30 ;
- de l'équinoxe d'automne vers 9h30 et 15h30 ;
- de l'équinoxe de printemps vers 8h30 et 14h30.
[cf repères bleus sur le graphe SURF 45]

Concernant cette plaque implantée dans la cour chargée de produire l'ombre, nous voulons utiliser un symbole qui puisse faire sens auprès des élèves du collège, le « Hollywood Sign ».

Tout d'abord, Hollywood peut être considéré comme un modèle qui distille et façonne un certain nombre d'attitudes, de styles et de fantasmes chez les adolescents. Mais surtout, il est un symbole à la fois synonyme de succès éternel (en lien direct avec « Hollywood boulevard », les stars gravées dans le sol, la postérité, etc.) et de l'exacte opposée : la futilité du spectacle, les effets de mode, de la dépense gratuite et les carrières aussi vite oubliées qu'elles sont apparues.

Du même objet résultent une chose et son contraire… un parallèle avec l'ombre de notre gnomon et les dates qu'il commémore bien sûr.
Nous ne pouvons, en outre, ignorer le slogan d'une marque de chewing-gum du même nom qui garantit une « fraîcheur de vivre »…
Pour l'œuvre que nous proposons ici, ce signe est rendu moins lisible car quelque peu effondré au milieu de la cour, tombé du ciel tel un satellite espion en déroute. Il sera matérialisé une structure d’acier recouverte de plaques d’aluminium.

Ses trois ombres portées représenteront trois repères temporels différents.

Pour la première date, il nous a semblé incontournable d'établir un rapport à l'Histoire, la naissance ou la mort d'une personnalité. Nous avons choisi la naissance de l’auteur anglais H.G. Wells pour son rapport au fantastique, à la fiction et au voyage dans le temps.
Au sol, la plaque portera le texte suivant :
_PLAQUE_01
21/09/1866 - 16h30
Naissance de Herbert George Wells à Bromley (Kent - Angleterre)
«Les pinces de notre esprit sont des pinces grossières ; en saisissant la vérité, elles la déforment toujours un peu.»
 - Extrait des Choses premières et dernières

La seconde est une date/événement appartenant à la sphère privée du collège, quelque chose de plus ordinaire, peut-être même anecdotique. Cette date reste à discuter avec l’équipe enseignante.
_PLAQUE_02
date à choisir avec la communauté éducative

Enfin, nous voulons choisir notre dernier repère temporel en fonction d'un événement futur dont nous pouvons connaître l'heure et le jour. Il y a plusieurs possibilités, un événement politique, une date sportive, un événement climatique. 
En regard à l'œuvre de H.G. Wells, nous avons choisi d'inventer une date future, d'imaginer un avenir incertain et angoissant en piochant dans les théories plus ou moins embrouillées et contradictoires des climatologues contemporains (Richard Seager par exemple). Il y a aujourd'hui plusieurs collisions de N.E.O. (near earth objets) prévues dans les 100 ans à venir (le prochain le 1er février 2019), les probabilités de contact avec la terre ont été calculées, on a même donné des noms à ces astéroïdes, et c'était assez tentant, mais les théories sur le Gulf Stream sont encore plus étonnantes.
Il y a deux raisons d’« anticiper » autour de cette théorie. Premièrement, le côté « cet ami qui vous veut du bien », ce courant est invisible, immuable et pourtant si important pour notre civilisation. Deuxièmement, les risques imaginés par les climatologues sont exactement l'inverse de ce que matraquent tous les média en activité. C'est effectivement le réchauffement de la planète qui, en changeant le type d'eau, arrêtera ou inversera le courant du Gulf Stream, les effets ne seront pas un réchauffement, mais bien un refroidissement assez important… quand même pas une glaciation (température moyenne de Paris similaire à Québec).
Au sol, la plaque portera le texte suivant :
_PLAQUE_03 
10/04/20063 - 8h40
Suite à la fonte des glaciers et de la banquise, la salinité des océans diminuera sensiblement, perturbant ainsi la circulation thermoaline. À 8h40 le 10 avril 2063, le Gulf Stream, tapis roulant transatlantique, s'inversera, entraînant une chute des températures d'environ 10° C en Europe du Nord et probablement une nouvelle ère de glaciation.

Ces trois événements permettront d'articuler différentes réflexions…

La taille de ces ombres sera sensiblement la même quelles que soient les années.

On peut projeter que l'ombre à un instant précis de l'an 0 est à la même place aujourd'hui, et que sauf accident extraordinaire, à la date anniversaire, l'ombre fera toujours 1% de la taille de la cour du collège dans les années futures. Ce principe n'est pas tout à fait exact en regard des années bissextiles et des éventuels mouvements de la terre suite à des catastrophes naturelles (le tsunami par exemple), mais les différences ne sont à priori pas quantifiables sur un objet de cet ordre.

On peut observer que des événements hétérogènes, voire même opposés dans leurs significations produisent la même incidence sur l'œuvre installée. Par exemple, la naissance de H.G Wells, le retenue d'un élève de 4e en 2002 et l’inversement du Gulf Stream produisent, à un endroit précis, le même effet sur le Collège Joseph d'Arbaud, une ombre de 46 m2 soit 1% de la taille de la cour de récréation.

Pour la première date, il nous a semblé incontournable d'établir un rapport à l'Histoire, la naissance ou la mort d'une personnalité. Notre premier choix se porte sur la personne de Herbert Georges Wells. Tout d'abord, et c'est assez improbable, il est né le jour de l'équinoxe de printemps, à 16h30 (heure solaire… en 1866), ce qui est exactement l'heure à laquelle la première étape de calcul a été faite. Ensuite, il écrit principalement des œuvres d'anticipation, ou l'avenir est incertain, catastrophique, manipulable (« La Machine à voyager dans temps » est son premier roman). Enfin, il y a la vie radiophonique de l'œuvre de Wells, « La guerre des mondes », et l'énorme supercherie déclenchée par Welles (Orson) aux États-Unis. Nous reviendrons sur cette supercherie pour le choix de notre troisième date.

Rapport au site
L’emplacement a été choisi en fonction de plusieurs paramètres. Tout d’abord, nous souhaitons que l’œuvre soit implantée sur un point relativement central et incontournable dans la cour du collège. La cour est semble-t-il, exposée au soleil tout au long de la journée, car elle est orientée Est/Ouest (approximativement). Y produire de l’ombre était la condition établie dans la commande. La nature de l’œuvre et son expansion par l’ombre qu’elle produira nécessite qu’elle bénéficie d’assez d’espace autour d’elle.
La dimension pédagogique qu’induit une œuvre artistique au sein d’un établissement scolaire nous a particulièrement préoccupés durant la conception de ce projet. C’est pourquoi nous avons veillé à faire converger dans cette commande un certain nombre de domaines aisément exploités par les enseignants du collège (Littérature, astronomie, Histoire, Géographie, Écologie/Climatologie …)


Matériaux :
Tôle acier de construction S235
Poutrelle HEB 180
Boulon acier haute résistance (Diam : 18 mm / Longueur : 16 mm)
Traitement anti-rouille
Peinture polyuréthane industriel
Dimensions de l’installation :
Hauteur max : 5,08 m/ Hauteur min : 2,90 m
Longueur : 8,36 m
Epaisseur du mot : 6 mm

installation : été 2008

Lycée Joseph d'Arbaud (dans la cour)
Salon-de-Provence



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Maître d'ouvrage : Conseil Général des Bouches-du-Rhône
Artistes : Grout/Mazéas
Assistance d'artiste : Bureau des projets/Marianne Homiridis, Christian Hubert-Delisle

  1. Grout/Mazéas, «Hollywood Shade», 2007-2008

  2. photos : Marianne Homiridis et Christian Hubert-Delisle

projet 10

projet 10 - 2007-2008

mission : assistance administrative et technique des artistes, médiation

>>> album

mémoire de la fabrication et de l’installation de l’œuvre