mission : chargé de production de l'exposition de Yona Friedman, "Utopias realizables (architecture for the layman)"
Centro Andaluz de Arte Contemporaneo, Séville


Présentation

Yona Friedman est né en 1923 à Budapest. L'Histoire et son histoire l'ont conduit en Roumanie, en Allemagne, en Israël, aux États Unis et en France où il réside.
Ses travaux théoriques ont trouvé des applications concrètes en Inde, en Israël où en France mais aussi, via l'Unesco, en Afrique.
Sa proposition essentielle consiste à rendre l'architecture à ses utilisateurs et à faire de l’architecte l'assistant des habitants de la maison ou de la ville.
Architecture de survie, Architecture scientifique, Utopies réalisables, trois livres (parmi plus d'une vingtaine, toujours traduits et réédités) qui, aujourd'hui peut-être plus encore qu'hier, sont indispensables dans les débats sur les questions d'écologie et de développement.
L'extrême simplicité, l'évidence de l'argumentaire font de cette pensée, et de cette attitude, un exemple pour la jeune génération soucieuse de retrouver le dialogue avec la population.
Un habitat pour le Sahara, un manuel d’autoconstruction en Afrique, ou des propositions de ville spatiales, sont autant d'éléments de réponse aux questions de plus en plus pressantes du développement urbain.
Des dessins animés, des bandes dessinées, des collages et des photocopies, des maquettes de carton, de polystyrène, de papier, de ruban ou de bouchons, apparemment, il s'agit d'un travail de bricolage mais c'est bien un univers qui s'ouvre à tous sous la générosité inventive.
L'exposition ne peut évoquer que des éléments de cette pensée, et donner une simple sensation. Il a ouvert un débat citoyen qu'il nous appartient de relayer car Yona Friedman parle bel et bien de notre avenir sur la planète terre.

Jean Louis Maubant

 

Texte "Structures irrégulières" de Yona Friedman
1.
Le terme "structures irrégulières", dans ce texte, ne signifie pas de structures sans aucune régularité. J'utilise ce terme pour désigner des structures dont les régularités ne peuvent être décrites à l'aide d'un petit nombre de règles très simples.
Mais mon intérêt pour ces structures n'est pas d'origine mathématique ; il est plus pratique, du point de vue social. L'absence de règles permet de les utiliser pour des constructions qui pourront être réalisées par le profane, l'usager (mais aussi par le professionnel) en recourrant à l'improvisation, sans plan détaillé.
Ces structures, construites sans plan, sans "design", ne sont pas faciles à dessiner sur papier. Elles sont conçues pour être improvisée sur le site, et corrigées durant la construction. Leur fonctionnement matériel et leurs qualités esthétiques ne peuvent être prévus d'avance, seulement estimés "au pif". Ils ne peuvent être connus en détail seulement après être bâtis.
Afin de faciliter leur matérialisation, ces structures sont conçues pour être réalisées en matériaux faciles à manier, sans un outillage compliqué. Moi-même j'en ai fait, en grandeur nature, en les formant simplement à la main.
Une des caractéristiques les plus importantes de cette sorte de structure est leur tolérance à l'imprécision. Même plus, elles exigent l'imprécision.
Dans une conférence, il y a quelques années, j'ai pensé que "l'intelligence commence par l'improvisation". Réagir aux contextes aléatoires, tous les animaux le savent faire. Quant à nous, humains, nous avons perdu cet instinct : nous devons le réapprendre.
De cette raison, je pourrais proposer une drôle de "règle à appliquer à des structures sans règles" : elles doivent être adaptées à subir des décisions sur le site et en dernière minute. Une "structure sans règles" peut être changée, transformée avec peu d'effort et quand c'est nécessaire. Leurs formes ne sont pas préconçues.
Ces propriétés font de ces structures des éléments techniques idéaux pour l'architecture mobile.
2.
À propos de "l'architecture mobile", ma proposition de la ville spatiale" est un précurseur des structures irrégulières. Même son "infrastructure", sa grille tridimensionnelle n'est pas nécessairement complètement régulière géométriquement parlant, mais la disposition des volumes "habités" à l'intérieur de la grille est présumée changer continuellement et aléatoirement, sans exiger pour cela un effort dépassant les capacités de l'usager non professionnel. La seule "règle" qui régit la "ville spatiale" est celle des préférences individuelles et imprévisibles de chaque habitant.
Une représentation visuelle, dessin ou maquette, de la "ville spatiale" montre un paysage urbain irrégulier qui préfigure les ensembles sans règles. Mais, examinée techniquement, la "ville spatiale" présente peut-être un aspect "au hasard", elle n'est pas complètement sans règles.
3.
La première structure fondamentalement "sans règles" que j'ai étudiée est celle des "space-chains". J'appelle "space-chain" (chaîne d'espace) des configurations géométriquement régulières réalisées à partir d'anneaux.
Un anneau est un polygone indéfini : il peut substituer un triangle, un carré, une 17-gone, ou n'importe quel autre polygone. En profitant de cette propriété des anneaux, j'ai construit des structures que j'ai appelées "protéinic", structures dont les anneaux peuvent être considérés, disons vus du côté droit comme triangles et, en même temps, vus du côté gauche comme des pentagones (ou n'importe quel autre polygone).
Dans des structures "protéiniques", la trame de la grille change n'importe où n'importe comment. Mais, ces structures n'admettent pas de changements ultérieurs. 4.
Les structures que j'ai commencées à étudier durant les années 1980 ont un caractère complètement différent. Elles ne sont pas conçues comme constructions "collectives" (comme la "ville spatiale") mais comme abris individuels.
J'ai appelé ces structures des "feuilles froissées", d'après leurs formes analogues à une feuille de papier irrégulièrement froissée.
La forme effective d'une "feuille froissée" ne peut être déterminée d'avance : elle "émerge" durant le processus du froissage. Comme cette structure est conçue pour être réalisée à partir de matériaux pas trop rigides (j'ai utilisé, sur le site, une grille métallique légère), elle peut être corrigée et sa forme transformée n'importe quand, suivant les caprices de l'habitant. Les "feuilles froissées" sont des structures irrégulières à signification sociale.
5.
Une sorte de structure de la même catégorie est celle des "structures lamellaires". Elles consistent en des configurations irrégulières réalisées à l'aide de bandes souples (de carton, de plastique ou de tôle) disposées en un "pattern" labyrinthien.
Les structures lamellaires sont des excellents porteurs de toitures (mais peuvent servir aussi pour d'autres fonctions). Des considérations pratiques concernent les proportions des diamètres des boucles du labyrinthe et la hauteur de la structure.
Elles (mais aussi les "feuilles froissées") peuvent être très belles, particulièrement à cause du dessin de leur ombre.
Les structures lamellaires peuvent être utilisées aussi pour des pilotis ou des murs.
Leurs formes sont improvisées librement sur le site, pliées à la main dans la plupart des cas.
6.
Une variété, particulièrement esthétique de structures lamellaires que j'ai appelé "structures mœbiennes" (d'après les bandes de Mœbius). Elles sont faites à la manière des autres structures lamellaires, avec la différence que des torsions sont imposées en bandes. Les structures lamellaires ont des boucles ayant un axe vertical alors que les boucles des "structures mœbiennes" possèdent des axes en différentes directions.

 

Centro Andaluz de Arte Contemporaneo : www.caac.es
Utopies réalisables, édition L'Éclat, Paris : www.lyber-eclat.net
Utopia Station : www.e-flux.com
voir aussi Yona Friedman dans l'exposition "Avenirs de Villes/Future for Cities"

Le livre de l'exposition "Yona Friedman, Pro Domo"
édition Actar, Barcelona - www.actar.es

 


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Commissariat : Jean Louis Maubant
Centro Andaluz de Arte Contemporaneo : José Lebrero Stals, directeur, assisté de Luisa Lopez, Inma Donaire, Marta et Faustino Escobar…
Assistant de production de l'exposition et documentation graphique du livre : Bureau des projets/Marianne Homiridis

De juin à septembre 2006
Centro Andaluz de Arte Contemporaneo
Monasterio de Santa Maria de la Cuevas
Avda. Americo Vespucio 2, Isla de la Cartuja - 41071 Sevilla

  1. 1.vue de l’exposition

  2. 2.id.

  3. 3.couverture du manuel «Irregular structures»

  4. photos : Marianne Homiridis

projet 4

projet 4 - 2006

mission : chargé de production de l'exposition de Yona Friedman «Utopias realizables (architecture for the layman)»

>>> album

mémoire du montage de l'exposition







photos du diaporama  :                                            Marianne Homiridis


2 petits films sur "La Ville spatiale" réalisés à partir de photocopies de dessins, archives de Yona Friedman

















le livre "Pro Domo"
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